lundi 26 mars 2018

La traque aux marqueurs de la SAS

L'aventure a débuté au mois de novembre dernier lorsque Christophe, un ami spéléo de longue date,  nous contacte pour un projet scientifique sur la spéléogénèse des cavités pyrénéennes. Professeur à l'université de Dijon il voudrait nous associer à une vaste étude dont le principal objectif serait de mettre en évidence le rôle des eaux profondes riches en CO2 et H2S dans le creusement des cavités du piémont pyrénéen. 
Pour faire simple disons que la plupart des cavités sont formées par l'enfouissement des eaux de surfaces qui érodent et corrodent les roches carbonatées. Cette karstification dite météorique est plutôt bien connue et concerne une grande majorité des cavités que nous parcourons. 
Cependant, certaines grottes ont été formées non pas par des eaux de surface, mais par des fluides venant des profondeurs de la terre et chargés en CO2 et H2S qui au contact d'eaux oxygénées peuvent produire de l'acide sulfurique. Ce dernier est bien plus efficace que les eaux météoriques pour dissoudre le calcaire. Ce phénomène a été mis en évidence dans certaines cavités emblématiques tel le célèbre réseau de Carlsbad Cavern (Nouveau Mexique -USA) et la superbe grotte de Lechuguilla. 

Les spectaculaires formations de gypse dans Lechuguilla cave.
Ce gypse est l'indice n°1 de la présence d'acide sulfurique dans la genèse de la cavité.

On en trouve également en Italie mais aussi en France et notamment en Ardèche et en Savoie avec la grotte Chevalet. 
Donc l'objectif de cette étude est de démontrer que ce phénomène concerne également certaines cavités du versant nord des Pyrénées comme cela semble probable en raison des nombreuses sources chaudes présentes au milieu de ces karsts.

Un indice extérieur favorable, la source "chaude" d'Aygue Tebo à Bagnères.

C'est Dimitri, un "post-doc" rattaché à l'université de Nancy, qui est chargé de conduire les recherches. Après une formation rapide et efficace réalisée par Mathieu (CDS 64) il a commencé à parcourir les cavités du 64 et du 65 à la recherche d'indices pour trouver les fameuses traces d'acide sulfurique. Les plus évidentes étant la présence de gypse, et des morphologies bien particulières, nous avons tenté de l'orienter vers celles que nous connaissions et pour cela Karsteau a été une aide précieuse.

Dimitri en pleine action pour trouver "l'indice"...

Cette semaine nous sommes donc allés à la grotte de la Résistance et à celle du Cadavre (jeudi) puis du côté de Bagnères (vendredi) au Bedat et dans deux autres petites cavités. Les indices étant tellement ténus, il faudra sans doute multiplier les visites et probablement impliquer d'autres traqueurs de marqueurs de la SAS (marqueur de la spéléogenèse à l'acide sulfurique). Dimitri nous communiquera prochainement un petit document permettant d'identifier plus facilement ces indices, mais c'est certain on a pas fini de parler d'acide sulfurique au GSHP. Et si par hasard vous croisez un peu de gypse dans une cavité du nord des Pyrénées (entre Biarritz et Banyuls), n'hésitez pas à nous contacter....

Ces cupules dans la grotte du cadavre pourraient être également un signe de l'action de H2S. 
Les analyses d'échantillons le diront bientôt.


(Participants aux sorties de janvier et mars : Alain, Serge, Marie Claude, Mickey, Christophe, Cedric, Dimitri, Sandrine et Patrick)

Patrick

3 commentaires:

  1. Je me souviens de longues discussions dans les années 60 entre Queffélec et Philippe Renault, l'un croyant à l'acide sulfurique, l'autre au CO2. Le labo de Moulis nous avait envoyé de la fluo pour colorer le méandre Martine, avec une carte de Renault pour Queffélec "le CO2 à la pyrite". Peut-être la polémique se poursuit au paradis des spéléos ?

    RépondreSupprimer
  2. Finalement, Queffélec qui n'était ni chimiste, ni géologue et à peine spéléo était peut être plus perspicace que la sommité Philippe Renault. Connaissant les deux loustics, leur polémique n'est certainement pas prête de s'arrêter pour peu que Dimitri verse un peu d'acide sulfurique sur leur différent.

    RépondreSupprimer
  3. Les observations ont continué ce week end pascal dans le massif des Arbailles (64). D'abord une longue visite du réseau du Nébelé, paradis du gypse et de la mirabilite qui s'est terminée par une sortie tard dans la nuit en remontant des puits arrosés (ceux qui connaissent le Nébelé auront du mal à le croire). Le lendemain, traque du gypse dans Azalégui ko Karpia et dans la résurgence de Garaybie.

    RépondreSupprimer